J'ai eu la chance de participer à une retraite sociale, la plus belle des trois retraites que j'ai vécues à mon humble avis. J’avais envie de quitter le schéma bateau des activités de groupes centré sur lui-même censées nous rendre plus « aware » de nous-mêmes, et de la beauté intérieure des autres. Et puis, c’était le moment ou jamais de faire du bénévolat, car si nous ne nous étions pas lancées tout de suite, nous ne l’aurions probablement jamais fait dans le futur.
Durant trois jours une amie et moi nous sommes donc bénévolement engagées comme brancardières au CHR de Namur. L’accueil des brancardiers professionnels fut tout simplement chaleureux : non seulement ils nous prêtèrent des blouses blanches, mais en plus ils étaient drôles et acceptaient parfois même de partager leur dîner. On se sentit immédiatement intégré au groupe.
L’immersion dans le monde hospitalier est totale : on vit l’envers du décor habituel qu'ont les visiteurs de parent malade. A vrai dire, c’est une incroyable aventure humaine. J’ai été surprise par le lien immédiat qui se noue entre les patients et les brancardiers, durant le simple trajet de la chambre au couloir des radios. Quelques uns des malades restent gravés dans ma mémoire : une dame, atteinte d’un cancer du poumon et condamnée, m’a émue aux larmes, tant l’équipe médicale la traitait avec bienveillance et chaleur. Sans compter les personnes âgées, avec qui, tout en les poussant, on échange quelques mots et sourires qui ensoleillent leur journée.
Les journées furent épuisantes, mais j’en suis ressortie grandie (et maigrie: 25 km par jour en poussant des lits de 200 kg, ça muscle). L’équipe des brancardiers m’a souvent fait éclater de rire et m’a enseigné à ne pas baisser les bras devant la difficulté (ou plutôt devant le poids des lits et l’étroitesse des portes, c’est vraiment mal fichu), et c’est aussi un endroit où la blouse blanche efface toutes les différences (sans compter que la troupe des brancardiers était un vrai melting pot) et fait ressurgir les valeurs primordiales de chaleur humaine et de simplicité. En plus, tous ces km m’ont fait perdre un kg en trois jours, et une fois rentrées le soir, nous étions dispensées de vaisselle ou toute autre contribution au groupe d’accueil, avantages non négligeables !
Nous avons quitté l’hôpital le cœur lourd, mais décidées à garder dans la tête cette tranche de vie exceptionnelle, qui nous donna une bonne leçon morale (accidentés de la route aux urgences, donner à chaque homme la même valeur), la motivation de réitérer l’expérience, un point en plus à ajouter sur notre CV, et la preuve que la richesse ne se trouve pas uniquement sur un compte en banque.