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Anaïs Florizoone (2008) : Sauverdias

Après plusieurs années de retraites tranquilles en compagnie de ma classe, je n’ai pas hésité longtemps avant de me décider à quitter ce confort qu’offre l’insouciance et à partir à « l’aventure » lors d’une retraite sociale. L’occasion de me rendre un peu utile et de changer complètement, pour trois jours, de paysage culturel. Un peu d’appréhension au départ, mais au final une curiosité et un besoin d’agir (ne fus-ce qu’à mon échelle) qui l’emportaient haut la main. Le rendez-vous fut donc pris, pour une amie et moi, aux Sauvèrdias, centre d’accueil jambois. Celui-ci propose tous les midis un repas complet chaud en échange de 2€ symboliques, pour encourager certaines personnes refusant la charité simple à pousser la porte et pour rentrer dans les frais qu’occasionne un tel élan de solidarité. D’autres services, tels qu’une douche ou la possibilité de laver son linge, sont également disponibles.

Notre rôle était simplement de mettre la table pour une cinquantaine de personnes, d’aider à servir le repas à 12h30 précises et de jouer aux cartes l’après-midi avec ceux qui viennent par recherche de compagnie avant tout.

Notre retraite s’est déroulée sous le signe des rencontres : le responsable, frère Henri ; les bénévoles, en cuisine et ailleurs ; des élèves de Sainte-Marie Jambes, venus effectuer la même retraite que nous ; des personnes de tous horizons, des sans-abris, des familles, des personnes seules, des jeunes gens dans le besoin, des amis, des frères, des sympathisants, des arbitres de Basket, des hommes et des femmes qui sillonnent les rues namuroises pour partager leurs chansons (que vous avez déjà certainement tous croisé), et tant d’autres que jamais nous ne pourrions oublier. Un point commun universel : un grand cœur. Un climat d’égalité sans pareil, comme si tous les soucis s’effaçaient une fois la porte passée…

En croyant apporter notre aide à quelques bénévoles dédiant leurs vie à ce centre, nous avons trouvé tellement plus ! Une bonne humeur inégalable, une générosité spontanée, un endroit qui respirait la joie de vivre. Nous croyions venir pour donner un peu de nous, et finalement, nous avons tellement reçu que nous avions l’impression de voir nos vies prendre un nouveau chemin en quelques heures à peine. Sans avoir l’impression de travailler une seule seconde, au rythme des rires et des embrassades, nous avons appris. Appris à tendre la main, appris à partager par pur plaisir, appris à rester humbles, et surtout réappris à vivre en-dehors de toutes considérations futiles. Le soir, une fois rentrées à Faux-les-Tombes auprès de Mr Moons, nous n’avions qu’une envie : tout partager encore. Raconter notre journée, tout en sachant parfaitement qu’il n’était pas vraiment possible de comprendre si on ne l’avait pas vécu.

Nous avions « signé » pour trois jours. Finalement, nous sommes restées jusqu’à la fin de l’année, tous les samedis matins. Ce n’était pas du temps donné, c’était du temps reçu : chaque matinée était une nouvelle leçon de vie. Une façon d’établir à nouveau nos priorités, afin de ne plus les oublier...

Mathilde Puissant (2008) : CHR de Namur

J'ai eu la chance de participer à une retraite sociale, la plus belle des trois retraites que j'ai vécues à mon humble avis.  J’avais envie de quitter le schéma bateau des activités de groupes centré sur lui-même censées nous rendre plus « aware » de nous-mêmes, et de la beauté intérieure des autres.  Et puis, c’était le moment ou jamais de faire du bénévolat, car si nous ne nous étions pas lancées tout de suite, nous ne l’aurions probablement jamais fait dans le futur. 

Durant trois jours une amie et moi nous sommes donc bénévolement engagées comme brancardières au CHR de Namur.  L’accueil des brancardiers professionnels fut tout simplement chaleureux : non seulement ils nous prêtèrent des blouses blanches, mais en plus ils étaient drôles et acceptaient parfois même de partager leur dîner.  On se sentit immédiatement intégré au groupe. 

L’immersion dans le monde hospitalier est totale : on vit l’envers du décor habituel qu'ont les visiteurs de parent malade.  A vrai dire, c’est une incroyable aventure humaine.  J’ai été surprise par le lien immédiat qui se noue entre les patients et les brancardiers, durant le simple trajet de la chambre au couloir des radios.  Quelques uns des malades restent gravés dans ma mémoire : une dame, atteinte d’un cancer du poumon et condamnée, m’a émue aux larmes, tant l’équipe médicale la traitait avec bienveillance et chaleur.  Sans compter les personnes âgées, avec qui, tout en les poussant, on échange quelques mots et sourires qui ensoleillent leur journée. 

Les journées furent épuisantes, mais j’en suis ressortie grandie (et maigrie: 25 km par jour en poussant des lits de 200 kg, ça muscle).  L’équipe des brancardiers m’a souvent fait éclater de rire et m’a enseigné à ne pas baisser les bras devant la difficulté (ou plutôt devant le poids des lits et l’étroitesse des portes, c’est vraiment mal fichu), et c’est aussi un endroit où la blouse blanche efface toutes les différences (sans compter que la troupe des brancardiers était un vrai melting pot) et fait ressurgir les valeurs primordiales de chaleur humaine et de simplicité. En plus, tous ces km m’ont fait perdre un kg en trois jours, et une fois rentrées le soir, nous étions dispensées de vaisselle ou toute autre contribution au groupe d’accueil, avantages non négligeables ! 

Nous avons quitté l’hôpital le cœur lourd, mais décidées à garder dans la tête cette tranche de vie exceptionnelle, qui nous donna une bonne leçon morale (accidentés de la route aux urgences, donner à chaque homme la même valeur), la motivation de réitérer l’expérience, un point en plus à ajouter sur notre CV, et la preuve que la richesse ne se trouve pas uniquement sur un compte en banque.