La pauvreté est un concept difficile. Elle peut vous tomber dessus sans prévenir et peut prendre de nombreuses formes. En partant le premier jour pour les Sauverdias, je croyais tomber sur un centre du genre des Restos du Coeur, où les gens viennent manger et puis repartent, tout simplement. La seule info que j'avais sur cette maison était une bête phrase : "c'est un endroit où on s'occupe des clochards"... Laissez-moi vous dire que c'est bien plus que cela.
Nous avons été accueillis par Frère Henry, un homme dont l'histoire est assez extraordinaire. Il a travaillé plus de 30 ans à l'Institut Saint-Martin à Dave comme infirmier psychiatrique, avant de partir quelques années en Afrique, puis de revenir en Belgique et de créer les Sauverdias. Il a passé sa vie à aider les autres, et, encore aujourd'hui, il a plusieurs projets afin d'améliorer les conditions de vie des plus démunis. Nous avons immédiatement été présentés à l'équipe des bénévoles (très nombreux, j'y reviendrai après) et deux d'entre nous sont partis chercher des vivres pour le repas du midi, tandis que les autres dressaient les tables. Maigre récolte ce jour-là : à peine une petite caisse de légumes. En sachant qu'il y a en moyenne plus de 50 couverts par jour aux Sauverdias, laissez moi vous dire que le cuistot réalise tous les jours des miracles... Il est bon de préciser que les Sauverdias sont une maison d'accueil où les gens peuvent venir manger à midi, prendre une douche, faire leur lessive, ou simplement passer un peu de temps en compagnie d'autres personnes. Leur problème essentiel est qu'ils ne sont pas subventionnés par l'État, et donc totalement dépendant des dons. Heureusement, les bénévoles sont nombreux et il y a énormément de bonnes volontés. Nous n'avons pas spécialement été débordés de travail. Le but du Frère Henry était de nous faire comprendre qui était les gens qui venaient aux Sauverdias et quels problèmes ils rencontraient. Nous étions donc tout le temps au contact des gens, qu'ils soient bénévoles ou clients. La frontière était d'ailleurs parfois bien mince. Je vous l'ai dit, la pauvreté n'est pas une chose ayant uniquement trait à l'argent. Des personnes qui se sentent seules, qui veulent partager un repas en convivialité, viennent également aux Sauverdias. On a parfois l'impression que certains bénévoles sont là eux aussi pour rencontrer les autres.
L'ambiance qui règne là est extraordinaire. On a l'impression de faire partie d'une grande famille, où l'on est accepté tout de suite. Après à peine deux jours de travail, on se sentait totalement intégré et à notre place. Nos tâches étaient de préparer les tables, parfois certains plats, de manger avec les gens et de les servir et ensuite de débarrasser. Vu le peu de temps que dure la retraite, on aurait pu croire que ce travail serait ennuyant. C'était tout le contraire. Il y là-bas une telle chaleur, un sentiment de convivialité, de bonheur, malgré tous les problèmes que les gens qui viennent, rencontrent dans leur vie, que l'on ne peut que se sentir émerveillé. Sauverdias est un refuge sur et protecteur, comme une véritable maison.
Je dois avouer que j'ai d'abord hésité à écrire ce compte-rendu, malgré son caractère obligatoire, cela pour une raison très simple: pousser un petit coup de gueule devant le manque flagrant d'organisation rencontré durant la retraite (manque de coordination, trajets aller-retour prévus en dernière minute, gîte non-équipé...-- d'ailleurs, encore merci à Mr. Marinx pour l'aide qu'il nous a apportée--). Je parle bien évidemment ici de ma propre expérience et non pas d'un cas général, bien que plusieurs élèves aient des raisons de se plaindre, se retrouvant parfois bloqués plusieurs heures sur leur lieu de travail sans qu'on puisse venir les chercher... Malgré cela, il aurait été injuste de ne pas rendre ce petit hommage aux personnes extraordinaires que nous avons rencontrées durant ces trois jours. Cette retraite de rhétorique constitue (et de très loin) la plus enrichissante de toutes. Je n'ai qu'une chose à dire aux élèves qui devront faire un choix dans les années à venir : Allez rencontrer les Sauverdias !